La haine, et les misérables

Je me souvenais peu de « La haine », ce film de Matthieu Kassovitz sorti en 1995. Je l’ai vu assez jeune, je dirai vers 15 ans, peut-être plus. Je me souviens de ne pas avoir trop aimé, mais sans vraiment savoir pourquoi. Avec le temps j’ai même oublié de quoi ça parlait (en gros: on suit la journée de 3 jeunes de cité après des émeutes ayant conduit à l’hospitalisation de l’un de leur copain).

Il s’avère que c’est un des films préférés de mon copain. Et que c’est même un film culte du cinéma français. Soit. Je regarde pas mal de youtubeurs qui font des critiques de films, et « la haine » fait assez l’unanimité. Une leçon de cinéma, une mise en scène léchée, des acteurs au top, un bijou de cinéma donc. Suite à l’émission « Affaires sensibles » de France Inter sur le sujet, je me suis dit que ce serait quand même pas mal que je le revois. J’avoue que j’y suis allée un peu à reculons. Entre la sensation laissée il y a des années et les critiques dithyrambiques, je ne savais plus trop à quoi m’attendre.

Nous avons donc revu ce film, tout récemment.

Et j’ai été bouleversée. Tout en connaissant l’histoire, la fin, les techniques de tournage utilisées pour le film, j’ai été retournée.

Ce film est … incroyable. Je ne vais pas m’appesantir sur les détails, sur tout ce qui fait que ce film est culte, il y a pléthores de vidéo sur internet à ce sujet.

Je vais juste vous parler de mes émotions.

J’ai beaucoup ri au début du film, et tout le long, ou presque, et beaucoup pleuré à la fin (et pourtant je savais…). Il prend son temps pour poser son ambiance, ses personnages, ses enjeux, son sujet. A part la scène du commissariat, que j’ai trouvée d’une violence rare par sa banalité et son abjection, le film est relativement soft. Il est parfaitement dosé et équilibré.

J’ai vraiment pris une énorme claque, visuelle et émotive (ça se dit ça?).

Ce film sorti il y a 26 ans maintenant reste encore tellement d’actualité que c’en est effrayant. Les violences policières, les galères de cité, ces vies qu’on ne connait que par des reportages au journal de 20h, ces vies proches de nous qu’on a du mal à imaginer, qui regroupent au milieu de ces immenses tours un désespoir difficile à appréhender. le film aurait pu être tourné en 2020, les images auraient été les mêmes, on aurait juste vu des téléphones portables au lieu des cabines téléphoniques.

Et justement, en 2020 est sorti le percutant film « Les Misérables », de Ladj Ly. Ce coup-ci, au lieu de suivre la vie de la cité, on suit celle des flics qui y travaillent. Même univers, mêmes constats. Si « La haine » a un petit côté anti-flic, « Les misérables » ne prend pas parti et jette juste un cri d’alarme sur ce qu’il s’y déroule.

En période de débats fréquents sur les violences policières, sur ces discussions multiples et stériles au sujet de l’article 24 de la loi sécurité globale, ces films me paraissent essentiels.

Ces deux films sont à voir, à revoir.

1 commentaire

  1. Merci pour ton article aux mots justes et touchants.
    J’ai adoré Les mésirables, même si je préfèrerais que ce genre d’histoire ne soit que de la fiction. C’est très troublant, perturbant, interrogeant… On en sort un peu chamboulé.
    La haine, c’était il y a longtemps, mais je comprends bien le parallèle que tu fais entre ces deux films. Tiens, ça me donne envie de le revoir !
    Merci ! 🙂

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