Les hommes frénétiques

« Les hommes frénétiques  » est un récit de science-fiction/anticipation écrit par l’auteur français Ernest Pérochon en 1925.

 

L’histoire prend place dix siècles après le XXème siècle, en l’an 425 de l’ère universelle. Les hommes vivent en paix, les progrès scientifiques ont permis à l’humanité un confort de vie jamais atteint jusqu’alors. La découverte de l’éther et de sa manipulation permet d’avoir en tout point du globe une source d’énergie illimitée. Mais la société humaine étant ce qu’elle est, les progrès scientifiques continuent et les hommes sont amorphes sans conflits pour évacuer leurs pressions. Un nouveau conflit mondial éclate, avec à l’horizon le risque de disparition pure et simple de l’espèce humaine.

 

J’ai vraiment aimé ce livre. Enfin, les deux premières parties, en tout cas !

 

Dans la première partie, le scientifique Harrison, mondialement connu pour ses travaux sur l’éther, nous raconte l’histoire du monde depuis la première guerre mondiale. C’est fait de manière assez intelligente dans l’ouvrage, et ça permet de comprendre le monde dans lequel se situe l’histoire. Cela permet également de saluer le côté très visionnaire de l’auteur. En résumé, les hommes ont tiré les leçons de la guerre de 14-18 (hum). Pour un temps en tout cas. L’humanité progresse vite suite aux horreurs de la guerre, le monde connait une première période de paix assez longue. En 2145, une deuxième guerre mondiale explose : le peuples blanc et noir contre le peuple jaune. Une guerre immense et effroyable, qui fait 600 millions de morts après une dernière attaque microbienne. On voit à ce moment du récit les deux premières « erreurs » de vision de l’auteur. Il estime plus de 200 ans entre les deux guerres, et d’après lui, 600 millions de mort, c’est un tiers de l’humanité, soit 1,8 milliards de personnes. En 2018, nous sommes déjà 7,6 milliards, et les projections estiment une population moyenne de 11 milliards d’humains en 2100…. Il était donc assez loin du compte.

A l’issue de cette grande guerre chrétienne, une nouvelle ère s’ouvre à l’humanité, avec des bonds scientifiques énormes. Là encore, le futur imaginé par l’auteur est crédible : il y a le cinétéléphone, qui permet de communiquer (voir et entendre) en direct avec n’importe qui, n’importe où dans le monde. Il est possible de faire le tour du monde en une journée à bord d’avions personnels hyper rapides. La chimie et la biologie ont fait des progrès énormes dans tout ce qui concerne notre alimentation. Tous ces progrès scientifiques sont possibles grâce à l’éther. L’auteur se base sur cette notion scientifique d’éther très importante dans le début du XXème siècle : l’éther est en effet considéré jusqu’au début du XXème comme la matière qui remplit le vide de l’espace, permettant d’expliquer de nombreux phénomènes physiques.  En 1905, Einstein arrive et chamboule tout en annonçant que l’éther n’existe pas, puis en 1920 admet qu’il existe une sorte d’éther (bon là je résume grossièrement hein, n’hésitez pas à aller fouiller sur internet pour plus d’infos). Pas étonnant donc que M. Pérochon se soit servi de cet élément un peu mystique pour baser tous les progrès scientifiques de l’humanité : transport, communication, énergie, tout est réalisable grâce à l’éther. Les explications scientifiques sont par contre assez floues dans le livre, pas évident de se représenter ce dont il est question, mais ça ne gêne pas trop la lecture.

 

Dans la deuxième partie du roman, le monde s’emballe. Une guerre d’Afrique éclate, puis une guerre mondiale. Les hommes qui avant étaient à peu près tous égaux, se trouvent des différences et des appartenances, permettant de justifier tous les conflits. Les scientifiques, Harrison à leur tête, ne parviennent pas à faire entendre raison aux hommes. L’utilisation de l’éther et des « féeriques », phénomènes de création spontanée, relèguent à des batailles de bacs à sables les guerres microbiennes. Là encore, un peu difficile de comprendre ce que sont les féeriques dans le livre, les explications scientifiques sont un peu perchées et pas très claires. Mais cela n’empêche pas la compréhension de leurs effets néfastes sur l’homme. Tellement néfastes que l’espèce humaine est condamnée à s’éteindre, après la disparition de centaines de millions de personnes.

Cette deuxième partie de l’histoire est un chouïa longue, car très descriptive d’événements d’actualité. On ne parle quasiment jamais des personnages, ils ne sont que secondaires dans le roman. On se rend compte que le personnage principal de cette oeuvre c’est l’Histoire de l’Homme, les autres protagonistes (les scientifiques notamment) ne sont finalement là que pour nous relater ce qu’il se passe. On est donc face à une succession de faits, assez clinique, et ça manque un peu de petites histoires humaines.

 

Et on en arrive à la dernière partie de l’histoire…. Je voulais laisse la découvrir ( je ne veux pas spoiler ), mais elle m’a laissé un peu sur ma faim. L’idée n’est pas mauvaise, mais mal amenée, et un peu trop biblique…

 

Ce qui m’a plu dans ce livre, c’est cette vision de l’auteur, assez juste : progrès scientifiques, guerres mondiales, armes chimiques, mondialisation, communication, il y a vraiment plein d’idées intéressantes. L’auteur met en garde contre les dangers de la recherche scientifique, dont il faut avoir conscience autant que de ses aspects bénéfiques. C’est assez pessimiste, mais c’est la caractéristique même de tous les récits de science-fiction apocalyptiques!

On trouve aussi des femmes scientifiques, dont des femmes à l’origine d’avancées scientifiques majeures, et ça c’est très agréable, ça change des potiches que l’on a l’habitude de rencontrer dans certains romans de cette époque ( influence Marie Curie ? ).

Certains estiment que ce livre est raciste, pour ma part j’ai plus l’impression que ça vient encore une fois du langage utilisé à l’époque. Le mot nègre était admis, même s’il est péjoratif aujourd’hui. Quant au terme « jaune » pour désigner les asiatiques, il est toujours utilisé en opposition au terme « blanc », donc ça ne m’a pas dérangée (et puis j’ai lu juste avant « les buveurs d’océan« , dont le ton m’a paru beaucoup plus raciste et qui pourtant utilise les mêmes termes).

 

Finalement, c’est une belle découverte, et je vous en conseille la lecture ! Personnellement je trouve ça trop chouette de lire des œuvres de SF datant du début XXème. Quand on compare aux œuvres récentes (Hamilton, mon amour), il y a vraiment un choc culturel !

 

Et pour ceux qui veulent lire d’autres chose sur l’éther, je vous conseille la très bonne et superbe BD « Le château des étoiles » !

 

P.S : je ne savais pas comment illustrer l’article, donc j’ai mis une photo perso prise en corse dans une forêt qui avait brûlé…

 

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